Le massif du Queyras, perché à la frontière franco-italienne. Un espace de vie sauvage, authentique, à l’impressionnante richesse en faune et flore. Forêts, vallées verdoyantes, lacs d’altitudes, cols enneigés et près de 30 sommets à plus de 3000m. La découverte d’un territoire unique et d’exception.

S’évader en France.

L’après confinement et plusieurs mois sans arpenter montagnes. En moi une profonde envie de retrouver les sentiers, de découvrir la France. Je décide donc de partir découvrir les Alpes, en choisissant d’y arpenter le GR58, le tour du Queyras. Ce sera en autonomie complète, et pour la première fois, en solitaire. Huit jours en milieu sauvage, pour un total de 140km et 8000d+. Un défi personnel, non pas physique, mais tout autre. Affronter la solitude, la nature et ses imprévus, seul. Retrouver notamment ses sensations ressenties en ultra-trail, de cette longue solitude éprouvée sur les sentiers.

Je débarque à Guillestre, en train. Ici commence mon tour du Queyras. Le GR58 offre de nombreuses variantes, permettant de personnaliser son parcours. J’emprunterait tout d’abord le GR541, afin de rejoindre le GR58 depuis Guillestre, au niveau du refuge de Furfande.

Le poids de l’autonomie.

Une longue ascension de 1500d+, dès 13h, après 24h de voyage, rien de pire. L’autonomie apporte la liberté tant recherchée, mais apporte avec elle, son lot de kilogrammes et de souffrances sur les sentiers. Et ce, encore plus au départ. C’est un choix, il faut en avoir conscience. J’ai pourtant fait au plus léger. Mais le plus léger pour tenir 8 jours en autonomie complète, et pour bivouaquer jusqu’à 2800m d’altitude, ça pèse.

Les pauses sont fréquentes, les épaules douloureuses. Les débuts seront difficiles, mais avançons « tipa-tipa », comme nous l’apprend les sentiers de l’île de la Réunion. Heureusement, les paysages font vite oublier le poids du sac. À mon premier col, je suis époustouflé. Et j’ai la chance de croiser sur mon chemin deux chamoix.

Ralentir pour aller plus loin.

Mon tibia est douloureux, et ce depuis une microaventure bretonne en bikepacking. J’en ferais la douloureuse expérience dès le deuxième jour. Une descente bien raide, un sentier glissant, un faux mouvement. Vive douleur. Je pense à l’abandon. Je pousse douloureusement jusqu’à mon lieu de bivouac. Je me donne du temps pour récupérer et décide pour les prochains jours d’alléger les distances. Espérer que ça passe.

Je décide de ne pas descendre à Ceillac et rejoint directement le col des Estronques. Je monte ensuite au pic de la Jacquette, à 2800 mètres d’altitude.

Point de vue incroyable, qui m’offrira l’un des plus beaux bivouacs. Orage menaçant, grondant, ça souffle, mais le spectacle est magnifique. Face aux sommets enneigés. Pour la première fois, j’utilise la neige des névés en la faisant fondre.

Sous le ciel étoilé, une météorite.

Je me dirige ensuite vers la frontière italienne, ses cols et sommets enneigés. Je vise le lac blanchet, au pied du col au même nom. Un lac glacé, situé à 2800m d’altitude, au pied d’un superbe pic enneigé. Je plante ici ma tente, au milieu de la neige et ses marmottes se baladants dans la neige.

Un bivouac inoubliable, notamment la nuit étoilée. À 3h du matin, je me lève pour faire des photos. Face à moi, le pic s’illumine, je me retourne immédiatement et aperçoit une météorite s’embraser et se décomposer en entrant dans l’atmosphère. Spectacle magique. Hallucinations? Dommage que je n’ai pas pu la photographier!

En solitaire.

S’en suivront 2 jours plus durs moralement. Tout comme dans une course d’ultra-endurance, il y a des hauts et des bas. La fatigue, la météo, beaucoup de choses entrent en jeu. La météo se dégrade, je dois rejoindre le col de Chamoussiere en passant par le col de St Véran.

Plus aucune trace du sentier, que de la neige et des gravas de roches en équilibres précaires. J’essaie de suivre les cairns, mais je dois faire ma trace à travers les névés, avec parfois des inclinaisons assez importantes. C’est ici que la solitude me pèsera le plus. Ces passages nécessitent une grande concentration, pour choisir au mieux sa route. Mais le fait d’être seul n’apporte pas cette sécurité supplémentaire en cas de problème. Je parviens tant bien que mal à rejoindre le col, il souffle fort et ces quelques kilomètres n’étaient pas simples.

Sur la face nord, ce sont 2 kilomètres de descente dans les névés qui m’attendent. J’arrive en bas du col, soulagé mais fatigué. Pas physiquement, mais bien mentalement. Ces 5km m’ont exigés beaucoup de concentration. Je n’ose imaginé l’exigence de l’alpinisme. Deuxième col enneigé, puis averses de grêle et de pluie concluront cette journée.


140 km

Distance

8000 m

Dénivelé

8 jours

Durée


Accepter la montagne.

C’est aussi ça que je recherchais, vivre la montagne et ressentir ses humeurs. Ses orages qui nous font tant apprécier les éclaircis. Ce froid nocturne qui rend si savoureux ce premier rayon de soleil qui vient réchauffer ma tente. Aucun abris, en autonomie il faut vivre avec. S’en suit deux jours de météo mitigée. Une vue magnifique sur le Mont Viso, côté italien. Réconfortant, mon tibia va mieux. Je décide de ne plus me restreindre à de courtes distances et mon sac s’allégeant je décide d’allonger le pas.

Coup de boost.

Une manière également de passer plus de temps à marcher, et de passer moins de temps à compter les mouches dans ma tente. Levé généralement à 6h30-7h, je commence à marcher vers 8h30. À mon rythme de départ, je terminais ma journée de marche vers 14h. La fameuse routine du trekeur qui s’installe. Les gestes qui deviennent des automatismes. Riz-sardines le midi, plat lyophilisé le soir. Le brûleur de mon fidèle JetBoil me lâchant 2 jours avant la fin, j’ai terminé mon périple en mangeant des lyophilisés froids. Un régale.

L’ennui? Il fût présent, on s’occupe comme on peut. On observe l’environnement, se repose, écoute de la musique, écrit, écoute des podcast (Les Baladeurs, Floodcast, Dans la roue…). Un luxe plus qu’un fardeau.

De Malrif, je parcourerais 29 kilomètres jusqu’au plan du vallon en dessous du col de Furfande. Les conditions méteo étant mauvaises, je décide de ne pas passer par les fonts de Cervieres mais passe par la vallée, par le joli village de Chateau Queyras. Cette partie du GR devait être magnifique mais cette fois je choisis la variante. Je passe près du col d’Izoard, bien connu des cyclistes. Dernière ascension. Furfande marque presque la fin de mon périple, bouclant la boucle du GR58. Un mélange d’émotions en cette fin de périple. La satisfaction d’en finir et de briser cet isolement, accompagné d’une nostalgie anticipée. Celle qui nous projette déjà dans la prochaine aventure…

Surplombant la plaine, la montagne contemple ce qu’elle va devenir.

Sylvain Tesson

Je ressors simplement heureux de ces 9 jours et 8 nuits en solitaire dans les montagnes, en autonomie, sans avoir dépensé le moindre euro, ni avoir mis le pied sous un toit. Des hauts, des bas, des paysages splendides, de beaux souvenirs, une proximité avec la nature. Ce massif du Queyras vaut le détour, un vrai havre de paix. J’ai été surpris par le peu de randonneurs que j’ai pu croiser, de même pour les bivouacs, toujours seul au monde. L’expérience en solitaire fût intéressante mais je ne peux que vous conseiller de partir arpenter les vallées du Queyras entre amis, en famille, vous ne serez pas déçu. En bivouac, en refuge ou en gîte. Rencontrer les populations locales et découvrir ses spécialités, fait aussi parti du voyage. Alors foncez!

Damien Cloarec

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